Le 25 octobre 2005, nous sommes allés à la Fundació Miró voir une exposition de poésies dadaïstes et surréalistes illustrées par J. Miró. Voici, les poésies que nous avons choisies.
(Les élèves de Bat. 1 et Bat. 2)
Sans le soleil, malgré les autres astres, il ferait nuit (Héraclite d'Ephèse, 1965)
LISE HIRTZ, Il était une petite pie , 1928
Il était une petite pie
Il était une petite pie
Toujours au désespoir
Et toujours dans son lit
Elle était toute noire
Mais quand même très jolie
Elle partit à cheval
À cheval sur une souris
En revint au plus mal
Et mourut dans son lit.

Table
Deux et deux font quatre
Et aussi cinq.
Si je veux
Croyez-vous que le Bon Dieu
S’occupe
Si un et un font toujours deux?
Une petite pomme
Une petite pomme un jour d’été
S’en est allée
Rouler, rouler
Loin du verger
Des dents cruelles
Et loin des piqûres d’abeilles
Une grosse pierre voulut l’arrêter
Elle s’est dépêchée de la manger
Et dans le ciel s’en est allée.
TRISTAN TZARA, Parler seul, 1948-1950
11
Que dire de l’armoire vide
Quand elle veut s’en aller
par-dessus les soupçons
Dire de nacre.
Courir un grand éclat de rire de lait.

PAUL ÉLUARD , À toute épreuve, 1958
52
Une chanson de porcelaine
Puis en morceaux mendie et meurt
Tu te souviendras d’elle pauvre et nue
Matin des loups et leur morsure est un tunnel
D’où tu sors en robe de sang
A rougir de la nuit
Que de vivants à retrouver
Que de lumières à éteindre
Je t’appellerai Visuelle
Et multiplierai ton image

Amoureuses
Elles ont les épaules hautes
Et l’air malin.
Ou bien des mines qui déroutent.
La confiance est dans la poitrine
À la hauteur où l’aube se lève de leurs seins se lève
Pour dévêtir la nuit
Des yeux à casser les cailloux
Des sourires à y penser
Pour chaque rêve
Des lacs de nudité
Et des ombres déracinées.
Il faut les croire sur baiser
Et sur parole et sur regard
Et ne baiser que leurs baisers.
Je ne montre que ton visage
Les grands orages de la gorge
Tout ce que je connais et tout ce que j’ignore
Mon amour ton amour ton amour ton amour
Ton amour
La violence des vents du large
Des navires de vieux visages.
Une demeure permanente.
Et des armes pour se défendre.
Une plage peu fréquentée
Un coup de feu un seul
Stupéfaction du père
Mort depuis longtemps.
Il fait clair je me suis couvert
Comme pour sortir du jour
Colère sous les signes atroces
De la jalousie l’injustice
La plus savante
Fais fuir ce ciel sombre
Casse ses vitres
Donne-les à manger aux pierres
Ce faux ciel sombre
Impur et lourd
JAQUES PRÉVERT, Adonides, 1975
Est-ce passe-temps ?
Est-ce
passe-temps d’écrire
est-ce passe-temps de rêver
cette page
était toute blanche
il y a quelques secondes
une minute
ne s’est pas encore écoulée.
Périple
A partir
De l’avenir
L’oiseau de l’instant même
Trace l’itinéraire
Du rêve et du plaisir
Dieu fait ce qu’il veut de ses mains
Mais
Le diable fait beaucoup mieux
De sa queue
Quand Dieu fait la vache
Le diable fait la corrida
Et
Quand Dieu fait
La
Mauvaise tête
Le diable fait le joli coeur
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