Atelier d'écriture 

Célibataire. 25 ans. Plein d'avenir. Peu de passé.     

Benoît Berthou


Ma voisine m’a préparé, pour mon anniversaire, un singulier cadeau. Un grille-pain, Moulinex, blanc,
"
perfectoast electronic ". Sur ce blanc elle a écrit, au marker, indélébile, son prénom. Sur toutes les faces.
"Comme ça, tu penseras à moi. "
Je ne vis pas avec elle. Nous ne grillons pas notre pain ensemble. Ce n’est pas un outil. C’est un objet. Un objet qui m’appelle. Et m’inquiète. Impossible de griller du pain sans tout de suite penser à elle. Un rappel. Un vrai discours amoureux.

Je suis célibataire. Pas par choix. Peut-être par paresse. Plus par goût, en fait. Non pas par goût du célibat, mais parce que le couple n’a pas de goût. Ma voisine a un chien. Elle le sort, le cajole, il ronronne.

Souvent je lui dis : "Un petit effort : fais un enfant ! "
" Avec qui ?" - répond-elle !
Je rentre vite chez moi. Je n’ai pas de chien. J’ai une voiture. Une Clio. Rouge. Il y assez de place pour 5. Et j’y monte toujours tout seul. Voiture de célibataire. Elle consomme. Et moi aussi je consomme. Beaucoup. Je gaspille, j’achète tout fait, je suis prêt à tout pour me nourrir sans peine. J’achète des disques. J’achète des livres. Je suis le véritable consommateur. (…)

Au moins une fois par semaine, je fais un jogging. Survêtement Joinville. Chaussures Le Coq Sportif.
Je ne cours nulle part. Je n’ai pas de destination. J’ai un circuit. Toujours le même. Certaines portions de mon circuit sont fréquentées. Je ne fais pas de rencontres. J’observe les autres. J’adresse des saluts. Les couples ne me saluent jamais. Le jogging est une question de principe. Pas de plaisir.

Il y a des choses qui me dérangent. Ma voisine ne me dérange pas. J’irais presque jogger avec elle. Ce grille-pain me dérange. Je fais avec. Entre le monde et moi, je place un exercice. Comme le jogging, rester en forme. Comme la radio, rester informé. Comme le ménage, rester rangé.

Entre moi et le monde, il est question d’hygiène. Le monde est salissant. Je n’ai qu’une hantise, ce sont les tâches. Les plis aussi. Je lave et je repasse. Dans les laveries. La laverie est un lieu idéal. Mon Olympe. Blanc, propre, ouvert tard. Un lieu d’immobilité, d’attente et de silence. J’y arrive, avec mon Ariel liquide et mon linge. Je trie, je classe, je place. Puis,  mon portable Philips en attente, j’observe le bon déroulement du programme. À travers le hublot, en plein liquide, j’aperçois ma chemise luttant avec mon pantalon. D’autres sont là, comme moi, seuls, hypnotisés. Ce que je porte est déjà sale. Et sera dans la prochaine machine. Je trouve toujours à laver. Car toujours je salis. (…)

Le soir, souvent, je chausse des lunettes noires pour regarder la nuit. Des Vuarnet. Jamais de Ray-Ban. Ma voisine me disait tout à l’heure que je devrais me mettre en couple. " Après tout, le temps est à l’amour. "

Le temps est à l’amour comme le temps est à la pluie. Par précipitation. En ajustant mes lunettes, en me plaçant à la fenêtre, je comprends encore mieux les raisons de mon célibat.  (...)

Et si je me découvre profondément nihiliste, ce n’est pas que je ne crois pas à l’amour. Car, comme tout célibataire, je suis forcé d’y croire. Et de le redouter. (…)

J’ai ressorti aujourd’hui un objet que je n’utilisais plus. Un four à pizza individuelle et électrique, en métal chromé, composé d’un dôme et d’un plateau. L’appareil est joli. Il n’y a de place que pour une seule pizza. De taille moyenne. Je vais inviter ma voisine. Elle n’est pas très gourmande.
 

© 2001Benoît Berthou – Tous droits réservés. 
Vous trouverez le texte intégral ainsi qu’un enregistrement au format .RA
sur le site  Bonnes Nouvelles

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Exercices proposés.

  1. Résumez l’essentiel du texte en 90 mots maximum.
  2. Quelle genre de rapport le protagoniste entretient-il avec le sport ?
  3. Quelle genre de rapport  entretien-t-il avec sa voisine ? Utilisez : « D’une part »,  « d’autre part »,  « Enfin ... »
  4. Réécrivez le paragraphe ci-dessous au style indirect.   Imaginez que c’est justement sa jeune voisine
    qui nous parle de lui.

    Je suis célibataire. Pas par choix. Peut-être par paresse. Plus par goût, en fait. Non pas par goût du célibat, mais parce que le couple n’a pas de goût. Ma voisine a un chien. Elle le sort, le cajole, il ronronne.
    Souvent je lui dis : "Un petit effort : fais un enfant ! " » . « " Avec qui ? » répond-elle !
    Je rentre vite chez moi. Je n’ai pas de chien. J’ai une voiture. Une Clio. Rouge.
    Il y assez de place pour  5. Et j’y monte toujours tout seul. Voiture de célibataire.
    Elle consomme. Et moi aussi je consomme. Beaucoup. Je gaspille, j’achète tout fait,
    je suis prêt à tout pour me nourrir sans peine. J’achète des disques. J’achète des livres.
    Je suis le véritable consommateur. (…)

  5. Imaginez la suite de l'histoire. Comment le dîner va-t-il se passer ? Quel genre de rapport va-t-il naître de cette soirée ?
  6. Lorsque que votre copie corrigée vous aura été rendue, enregistrez votre histoire en audio mp3.
  7. Mettez en ligne votre production écrite et orale sur une page wiki ou sur un blog.

 

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