PROPOSITIONS D’EXPLOITATION

 

 

 

Complétez le texte par des adjectifs.  Trouvez un adjectif pour chaque substantif en gras

C'était un homme _______, de taille et de constitution __________;
son tempérament  _________ se trahissait par une coloration _________ du visage, il avait une figure ______, aux traits _________, avec un nez________ , le nez en proue de vaisseau de l'homme prédestiné aux _________découvertes; ses yeux fort doux, plus _______que hardis, donnaient un _______ charme à sa physionomie; ses bras étaient ______,

Sophie Roïk.  Léa 

Léa n’avait pas d’âge. Elle vivait hors du temps. Elle habitait ce village ___________. L’on ne sait depuis quand. Elle portait des vêtements ___________ du matin jusqu’au soir. Elle avait la peau ___________comme une fleur de seringa. Un peu de couperose striait ses joues___________. Je lui ai toujours connu des cheveux ___________très soigneusement tirés en un chignon bien___________. Elle ressemblait ainsi à une poupée de porcelaine un peu vieillie ou un santon du midi.

 

Marcel Proust . Un amour de Swann

Pour lui plaire elle avait un profil trop accusé, la peau trop fragile, les pommettes trop saillantes, les traits trop tirés. Ses yeux étaient beaux mais si grands qu'ils fléchissaient sous leur propre masse, fatiguaient le reste de son visage et lui donnaient toujours l'air d'avoir mauvaise mine ou d'être de mauvaise humeur.

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D'après un travail collectif, Lorick et Fanny .
Dans le texte suivant, souligner les adjectifs qualificatifs


Le portrait de notre héros
Djindi, son prénom signifie étoile en aborigène, appartient à la civilisation des Grimlins. Assis sur un tronc sectionné par la foudre, sa silhouette évoque celle d'un nain, trapu et robuste ; il est bien proportionné mais bien qu'ayant atteint sa taille adulte il ne mesure pas plus d'un mètre quarante.
Une tunique trop ample dissimule ses vêtements informes et de couleur sombre. Une large ceinture agrémentée de cornes maintient un pantalon zébré de coutures apparentes telles des cicatrices. Ses jambes sont insérées dans des bottes en peau d'animal lacées par des lanières de cuir.
La tête de Djindi est auréolée d'algues flottant au vent. Ses cheveux sont constitués de trois lianes vertes tressées ensemble, démarrant du haut de son crane chauve, suivant la forme de sa tête pour terminer au bas de sa nuque par une petite fleur rose-violette à cœur jaune. Des oreilles pointues encadrent son visage au menton large et carré. Il a un nez allongé remontant un peu au bout mais pas assez pour lui donner un nez de cochon, ses joues hautes sont percées de petites fossettes. Sa bouche entrouverte laisse apparaître des dents serrées et aiguës. Des sourcils broussailleux de même nature que ses cheveux cachent des yeux d'une étrange couleur, un vert émeraude profond, lumineux comme ceux d'un lynx. A son cou pend un ocarina retenu par une cordelette.

Sur le tronc, à la droite de Djindi repose un bocal relié à sa ceinture. Un poisson aux couleurs chatoyantes de l'arc en ciel suit son regard. A ses pieds repose un boomerang finement sculpté d'inscriptions indéchiffrables.
Une rivière aux eaux claires et transparentes serpente dans une forêt de chênes centenaires où résonnent les hallalis. Des rameaux de cerfs apparaissent entre les arbres. Des oiseaux multicolores s'envolent dans un ciel orageux. Quelques écureuils craintifs se réfugient dans les branches. Seule une large ouverture laisse pénétrer la lumière sur Djindi.

Par cette ouverture on distingue au loin le village de ses semblables : on aperçoit de grandes tours multicolores flotter dans l'air, entourées d'une multitude de points rouges, comme un champ de coccinelles qui volètent autour d'une fleur. Des maisons basses serrées les unes contre les autres comme pour s'épauler les entourent. Une masse grise et épaisse surplombe ce royaume.

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Le vocabulaire des cinq sens : Exercices

 Recopie le tableau suivant et réorganisez cette liste de verbes en fonction des cinq sens: Vue |Odorat | Toucher | Ouïe | Goût

 Apercevoir — atteindre — attraper — auditionner —caresser — chatouiller — chiffonner — considérer —contempler — découvrir — dégager — déguster — dévi­sager — discerner — distinguer — écouter — effleurer —émaner — embaumer — empester — empuantir — en­trevoir — épier — essayer — exhaler — fleurer — friper —froisser — frôler — frotter — heurter — imprégner —lorgner — manier — manipuler — masser — mirer —observer — palper — parfumer — regarder — reluquer— répandre — respirer — revoir — savourer — tâter —tâtonner — tripoter — voir.

 

Remplace les verbes “voir” ou “regarder” ainsi que les expressions qui les accompagnent par le synonyme approprié, choisi dans cette liste :
avoir sous les yeux - apercevoir — contempler — décou­vrir — distinguer embrasser du regard —  être fasciné par  — examiner — observer — remarquer. 

 Lorsque Pierre est entré dans la maison, il a d’abord regardé (………………………………………………………………..) toute la pièce principale c’était grand et il fai­sait froid. Il s’est avancé et il a vu (……………………………… ,…………………………………..)  dans le coin sombre, un piano. Il l’a regardé (……………………………………………………..)  de près, l’a regardé (………………………………………………………………..) sous tou­tes les coutures et, soudain, il a vu (………………………………………………………………..) un minuscule fil d’or qui sortait de la dernière touche. Il a tiré dessus et une musique merveilleuse a retenti dans tout le salon. C’est alors qu’il a vu (………………………………………………………………..) une faible lueur derrière la fenêtre, puis un scintillement, et enfin une lumière aveuglante qui s’est répandue partout. Il voyait (………………………………………………………..)  maintenant devant lui une salle de bal Il a alors vu (………………………………………………………………..) des formes colorées qui se glissaient le long des murs. Pierre regardait (……………………………………………………..) ce spectacle avec étonnement et admira­tion Il regardait(………………………………………………………………..)  sans pouvoir détourner les yeux...  

 

  Distingue, parmi les mots suivants, ceux qui évoquent la douceur et la dureté au toucher.

 cotonneux — duveteux — huileux — lisse —moelleux — mou — noueux — piquant — poli —racorni — rêche — rugueux — satiné — savonneux —souple — soyeux — tendre — velouté

  

Complète ces phrases avec des synony­mes du verbe “sentir”.

1.        La chienne a f.………………………………………………………l’odeur d’une souris. 

2.       Les pivoi­nes e.…………………………………………………………………. le jardin.

3.       Le soir, le jasmin e.…………………………………………………………………. un parfum  sucré.

4.       Après être tombé dans cette flaque, Aurélien e……………………………………………………... la vase

5.       Avec cet adoucissant, le linge f……………………………………………………………………... bon la lavande.

 

 

http://www.condorcet.com.au/_projects/secondaire/BD/portrait.htm

http://rivieres.pourpres.free.fr/riv_perso.htm#haut

Jean Christophe Grange.  Les rivières pourpres

Pierre Niémans

Homme d'expérience, Niémans nous est présenté dès le premier chapitre comme un flic acharné et extrêmement violent. Avec cette introduction et en mettant son personnage en situation, Jean-Christophe Grangé dresse donc très rapidement le portrait physique et psychologique de son commissaire.

Description physique
Pierre Niémans est donc décrit sommairement dès le premier chapitre. Le commissaire principal est présenté comme un homme de « haute carrure » (p33), avec « une coupe en brosse, luisante et grise » (p22). Ce flic aux « traits osseux, ridés » porte des petites « lunettes cerclées de métal » (p22).


Eléments psychologiques
Si la rage et l'acharnement de Niémans nous sont présentées dès les premières pages, il faut attendre plusieurs chapitres avant de découvrir réellement toute la psychologie du personnage.
A la page 120, Jean-Christophe Grangé nous présente un flic psychologiquement instable. Ayant côtoyé depuis son enfance la violence et la cruauté, Niémans recherche le danger
« pour mieux l'affronter, mieux le contrôler ». Pourtant, depuis quelques temps, le commissaire ne parvient plus à maîtriser cette rage intérieure, ce que le combat avec le hooligan du premier chapitre démontre parfaitement. Ceci explique qu'il voit régulièrement un psychologue (p41).
De plus, Jean-Christophe Grangé insiste sur le fait que Niémans
« n'avait pas vaincu ses propres peurs ». Sa phobie des chiens le conduit d'ailleurs à négliger une piste dans son enquête, entraînant la mort du jeune Joisneau.


Passé et carrière dans la police
Très rapidement, le jeune Pierre Niémans éprouve le besoin de quitter ses parents enseignants et d'assumer son indépendance. Après une scolarité brillante, Niémans veut s'orienter vers l'armée. Réformé, il intègre une école de police, obtenant des résultats excellents (p39-40).
Il travaille alors successivement pour la BRI (Brigade de Recherche et d'Intervention), le RAID, la BRB (Brigade de Répression du Banditisme) (p25) puis l'OCRTEH (Office Central pour la Répression de la Traite des Etres Humains), une instance supérieure de la BRP (Brigade de Répression du Proxénétisme) (p30)
Aujourd'hui, Pierre Niémans est considéré comme
« un policier hors-pair. Tenace, violent, vicieux. » (p40). Karim Abdouf, excité à l'idée de travailler avec le commissaire, le décrit plus tard comme « Un homme de terrain, violent, colérique, acharné. Un enquêteur brillant […] finalement mis au placard à cause de son caractère incontrôlable et de ses accès de violence. » (p282)
Sa longue carrière dans la police lui a permis de fonder ses propres théories sur le crime, résumées durant l'enquête par Karim Abdouf (les miroirs, la structure atomique) (p207).
Pierre Niémans utilise un MR 73 (p17).

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Karim Abdouf

Beaucoup plus jeune que Pierre Niémans, issu d'un milieu social totalement différent, Karim Abdouf partage cependant avec le commissaire cette détermination et ces méthodes parfois un peu brutales, qui lui permettront de venir au bout de son enquête. En dépit de l'expérience du commissaire, il semble que Karim avance bien plus vite que lui, et aille même parfois jusqu'à le surpasser (N'est-ce pas lui qui découvre la véritable signification de l'odeur de colle qui flotte dans l'appartement des Caillois ?)

Description physique
Comme Niémans, Karim Abdouf est presque entièrement décrit physiquement par Jean-Christophe Grangé dès les premières pages où il apparaît. Agé de 29 ans (p61), Karim Abdouf nous est donc présenté comme un
« jeune Beur d'un mètre quatre-vingt-cinq, mince comme un cric, portant le bouc, des nattes de rasta et une filée de boucles d'oreilles » (p65), et l'auteur précise quelques pages plus tard que « Ses nattes tombaient à l'oblique des deux côtés de ses tempes, son visage étroit et sombre était aiguisé par un bouc », ce qui explique qu'à plusieurs reprises, il soit comparé à « un Diable » (p73)
Le look du jeune flic est donc très particulier. Il porte par exemple
« sweat-shirt, jean, veste de jogging à capuche, puis veste de cuir brune, modèle éboueur des années cinquante » et arbore un « bonnet tissé aux couleurs jamaïcaines » (p73).
Lors de la rencontre entre les deux flics, Niémans décrit son collègue de la façon suivante :
« Il était aussi grand que lui, de type maghrébin, portait de longues nattes de rasta, un bonnet coloré et un bouc de Lucifer » (p261). Le commissaire principal est d'abord méfiant vis-à-vis de ce « rasta d'un mètre quatre-vingt-cinq, portant des dreadlocks, un pistolet automatique non réglementaire » (p264), avant de le considérer, quelques pages plus tard seulement, comme « un allié. Et un allié de choc » (p267)

Eléments psychologiques
Le principal trait de caractère du jeune flic semble être son obstination. Sa détermination est impressionnante : Abdouf ne renonce jamais, explore la moindre piste, s'obligeant sans cesse à
« Enfoncer chaque jalon, toujours » (p228).
Karim Abdouf nous est également présenté comme un personne très sensible, malgré des méthodes somme toute assez brutales et expéditives. Au cours de son enquête, Karim est à plusieurs reprises bouleversé par l'histoire du petit Jude. Ainsi, lorsqu'il découvre la façon dont l'enfant est mort, il se laisse submerger par ses émotions :
« Des larmes lui brûlèrent les paupières, comme s'il venait d'apprendre la mort d'un être cher. D'un être qu'il avait aimé, quelques heures seulement, mais avec la fureur d'un torrent » (p230). A la fin de cette enquête pour laquelle il s'est tant impliqué, il repensera à « la petite gosse qu'il avait aimée – il le savait maintenant – plus que tout au monde, durant vingt-quatre heures. » (p405)

Passé et carrière
Le passé de Karim Abdouf est détaillé sur une dizaine de pages au cours du chapitre 7 (p62-72). Jean-Christophe Grangé décrit ainsi une vingtaine d'années du flic, en insistant sur différents éléments clés de sa vie (sa vengeance sanglante une fois son diplôme décroché par exemple).
De parents inconnus, ayant grandi seul à Nanterre, le jeune Beur découvre vite la violence des cités. Petit délinquant, Karim poursuit pourtant de brillantes études, et obtient rapidement sa licence de droit, et choisit de s'engager dans la police, pour continuer à fréquenter le même environnement que celui dans lequel il avait grandi. Malgré ses excellents résultats à l'école de police, le jeune flic est finalement muté à Sarzac, dans le Lot.
Karim Abdouf se décrit comme étant
« un flic sans expérience », avant d'ajouter : « Je suis un voyou et j'avance en solitaire. […] Je cours pour mes propres couleurs, vous pigez ? » (p215). Le flic n'hésite pas en effet à recourir à des méthodes brutales et peu orthodoxes pour obtenir les indications qu'il désire (la confrontation avec les skins est un exemple très parlant). Il suit ses propres lois et mène ses enquêtes à sa manière.
Karim Abdouf utilise un Glock 21 (p91).

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Exemples de portraits physiques et psychologiques

http://palf.free.fr/portrait/textes.htm

 

 

Texte 1

 

«Il était aussi laid qu'on puisse le souhaiter, si tant est qu'on fasse des souhaits pour la laideur ; mais je ne suis pas le premier qui parle ainsi. Il avait la bouche de fort grande étendue, témoignant de vouloir parler de près à ses oreilles, qui étaient aussi de grande taille, témoins assurés de son bel esprit. Ses dents étaient posées alternativement sur ses gencives, comme les créneaux sur les murs d'un château. Sa langue était grosse et sèche comme une langue de bœuf ; encore pouvait-elle passer pour fumée, car elle essuyait tous les jours la valeur de six pipes de tabac. II avait les yeux petits et battus, quoiqu'ils fussent fort enfoncés, et vivants dans une grande retraite ; de nez fort camus*, le front éminent, les cheveux noirs et gras, la barbe rousse et sèche. Pour le peu qu'il avait de cou, ce n'est pas la peine d'en parler une épaule commandait à l'autre comme une montagne à une colline, et sa taille était aussi courte que son intelligence. En un mot sa physionomie avait toute sorte de mauvaises qualités, hormis qu'elle n'était pas menteuse. On le pouvait bien appeler vaillant des pieds jusqu'à la tête, car sa valeur paraissait en ses mâchoires et en ses talons.»

 

* Court et plat

 

Antoine Furetière, Le Roman bourgeois, 1666.

 

Texte 2

 

«Nous n'essaierons pas de donner au lecteur une idée de ce nez tétraèdre*, de cette bouche en fer à cheval, de ce petit oeil gauche obstrué d'un sourcil roux en broussailles tandis que l'œil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue, de ces dents désordonnées, ébréchées çà et là, comme les créneaux d'une forteresse, de cette lèvre calleuse** sur laquelle une de ces dents empiétait comme la défense d'un éléphant, de ce menton fourchu, et surtout de la physionomie répandue sur tout cela, de ce mélange de malice, d'étonnement et de tristesse. Qu'on rêve, si l'on peut, cet ensemble.

L'acclamation fut unanime. On se précipita vers la chapelle. On en fit sortir en triomphe le bienheureux pape des fous. Mais c'est alors que la surprise et l'admiration furent à leur comble. La grimace était son visage.

Ou plutôt toute sa personne était une grimace. Une grosse tête hérissée de cheveux roux ; entre les deux épaules une bosse énorme dont le contre-coup se disait sentir par devant ; un système de cuisses et de jambes si étrangement fourvoyées qu'elles ne pouvaient se toucher que par les genoux, et, vues de face, ressemblaient à deux croissants de faucilles qui se rejoignaient par la poignée ; de larges pieds, des mains monstrueuses; et, avec toute cette difformité, je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d'agilité et de courage ; étrange exception à la règle éternelle qui veut que la force, comme la beauté, résulte de l'harmonie. Tel était le pape que les fous venaient de se donner.

On eût dit un géant brisé et mal ressoudé.

Quand cette espèce de cyclope parut sur le seuil de la chapelle, immobile, trapu, et presque aussi large que haut, carré par la base (...) la populace le reconnut sur-le-champ et s'écria d'une voix:

- C'est Quasimodo, le sonneur de cloches !»

 

*Figure géométrique à quatre faces         ** Fendue et dont une partie est saillante

 

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831.

 

Texte 3

 

«Au physique, Grandet était un homme de cinq pieds*, trapu, carré, ayant des mollets de douze pouces** de circonférence, des rotules noueuses et de larges épaules ; son visage était rond, tanné, marqué de petite vérole ; son menton était droit, ses lèvres n'offraient aucunes sinuosités, et ses dents étaient blanches ; ses yeux avaient l'expression calme et dévoratrice que le peuple accorde au basilic ; son front, plein de rides transversales, ne manquait pas de protubérances significatives; ses cheveux jaunâtres et grisonnants étaient blanc et or, disaient quelques jeunes gens qui ne connaissaient pas la gravité d'une plaisanterie faite sur monsieur Grandet. Son nez, gros par le bout­ supportait une loupe veinée que le vulgaire disait, non sans raison, pleine de malice. Cette figure annonçait une finesse dangereuse, une probité sans chaleur, l'égoïsme d'un homme habitué à concentrer ses sentiments dans la jouissance de l'avarice et sur le seul être qui lui fût réellement de quelque chose, sa fille Eugénie, sa seule héritière. Attitude, manières, démarche, tout en lui, d'ailleurs, attestait cette croyance en soi que donne l'habitude d'avoir toujours réussi dans ses entreprises. Aussi, quoique de mœurs faciles et molles en apparence, monsieur Grandet avait-il un caractère de bronze. Toujours vêtu de la même manière, qui le voyait aujourd'hui le voyait tel qu'il était depuis 1791. Ses forts souliers se nouaient avec des cordons de cuir ; il portait, en tout temps des bas de laine drapés, une culotte courte de gros drap marron à boucles d'argent, un gilet de velours à raies alternativement jaunes et puces, boutonné carrément, un large habit marron à grands pans, une cravate noire et un chapeau de quaker. Ses gants, aussi solides que ceux des gendarmes, lui duraient vingt mois, et, pour les conserver propres, il les posait sur le bord de son chapeau â la même place, par un geste méthodique. Saumur*** ne savait rien de plus sur ce personnage.»

 

*Unité de mesure (1 pied = 33 cm) **Unité de mesure (1 pouce = 2,7 cm)     *** Ville de Maine-et-Loire

 

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1833.

 

Texte 4

 

« La femme, une de celles appelées galantes, était célèbre pour son embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de Suif. Petite, ronde de partout, grasse à lard, avec des doigts bouffis, étranglés aux phalanges, pareils à des chapelets de courtes saucisses ; avec une peau luisante et tendue, une gorge énorme qui saillait sous sa robe, elle restait cependant appétissante et courue, tant sa fraîcheur faisait à voir. Sa figure était une pomme rouge, un bouton de pivoine prêt à fleurir ; et là-dedans s'ouvraient, en haut, deux yeux noirs magnifiques, ombragés de grands cils qui mettaient une ombre dedans ; en bas, une bouche charmante, étroite, humide pour le baiser, meublée de quenottes luisantes et microscopiques.

Elle était de plus, disait-on, pleine de qualités inappréciables.

Aussitôt qu'elle fut reconnue, des chuchotements coururent parmi les femmes honnêtes, et les mots de "prostituée", et de "honte publique" furent chuchotés si haut qu'elle leva la tête. Alors elle promena sur ses voisins un regard tellement provocant et hardi qu'un grand silence aussitôt régna, et tout le monde baissa les yeux à l'exception de Loiseau, qui la guettait d'un air émoustillé.»

 

Guy de Maupassant, Boule de Suif, 1880.

 

Texte 5

 

«Personne ne savait son vrai nom ; peut-être qu'il n'en avait pas. Dans les villages, on l'appelait l'homme aux grenouilles.

Il avait quarante ans, ou soixante. Sa face ne décelait point d'âge, si meurtrie, si mutilée qu'elle n'était plus une face humaine, mais un masque péniblement inerte où les yeux semblaient luire comme à travers deux trous. Sur son front, sur ses joues, des cicatrices de variole demeuraient blanches parmi de rousses tavelures d'éphélides*. Il portait d'autres cicatrices, brouillées, mêlées, bourgeonneuses. l'une d'elles, ayant rongé une aile de son nez, faisait là un trou laid à voir : c'était peut-être la trace d'une vilaine maladie, peut-être celle d'un coup de couteau. Mais l'homme était si doux dans ses manières, si poli avec tout le monde qu'on ne pouvait croire au souvenir d'une batterie**.

II était chaussé d'espadrilles et vêtu de hardes très propres. On le sentait de corps souple et solide, tout en nerfs Il n'y avait qu'à le voir marcher, couler sans bruit ses pas dans l'herbe, onduler de l'échine comme un chat en maraude, pour deviner en lui une grande force agile et secrète.

On ne s'expliquait guère pourquoi, dans les hameaux de la campagne il ne passait point pour sorcier. Il avait paru étrangement, on ne savait plus quand, venu on n'avait su d'où. On ne lui connaissait point de logis. II dormait dans les granges, dans les étables, au pied des meules, dans les fossés des routes, nulle part. [...] Il pratiquait un innocent métier, il n'était que l'homme aux grenouilles.»

 

*Petites taches disséminées sur le visage (taches de rousseur) ** lutte, dispute

 

Maurice Genevoix, La Boîte à pêche, 1926.

 

Texte 6

 

«César Soubeyran approchait de la soixantaine. Ses cheveux, rudes et drus, étaient d'un blanc jaunâtre strié de quelques fils roux ; de noires pattes d'araignées sortaient de ses narines pour s'accrocher à l'épaisse moustache grise, et ses paroles sifflotaient entre des incisives verdâtres que l'arthrite avaient allongées.

Il était encore robuste, mais souvent martyrisé par "les douleurs", c'est à dire par un rhumatisme qui chauffait cruellement sa jambe droite ; il soutenait alors sa marche en s'appuyant sur une canne à poignée, et se livrait aux travaux des champs à quatre pattes, ou assis sur un petit escabeau. Comme Philoxène, mais depuis plus longtemps, il avait sa part de gloire militaire. A la suite d'une violente querelle - et peut-être aussi, disait-on, à cause d'un chagrin d'amour -, il s'était engagé dans les zouaves, et il avait fait la dernière campagne d'Afrique, dans l'extrême sud. Deux fois blessé, il en était revenu, vers 1882, avec une pension, et la médaille militaire, dont le glorieux ruban ornait son veston des dimanches.

Il avait été beau jadis, et ses yeux - restés noirs et profonds - avaient tourné la tête à bien des filles du village, et même d'ailleurs ... . Maintenant on l'appelait le Papet. Le Papet, d'ordinaire, c'est le grand-père. Or, César Soubeyran ne s'était jamais marié, mais il devait ce titre au fait qu'il était le plus vieux survivant de la famille, en somme un Pater Familias, détenteur du nom et de l'autorité souveraine.

Il habitait la grande vieille maison des Soubeyran, au plus haut des Bastides, près de l'aire éventée qui dominait le village.»

 

Marcel Pagnol, Jean de Florette, 1937.

 

Texte 7

 

«Le premier qui arriva fut Pinhas Solal, dit Mangeclous. C'était un ardent, maigre et long phtisique* à la barbe fourchue, au visage décharné et tourmenté, aux pommettes rouges, aux immenses pieds nus, tannés, fort sales, osseux, poilus et veineux, et dont les orteils étaient effrayamment écartés. Il ne portait jamais de chaussures, prétendant que ses extrémités étaient "de grande délicatesse". Par contre, il était, comme d'habitude, coiffé d'un haut-de-forme et revêtu d'une redingote crasseuse et ce, pour honorer sa profession de faux avocat qu'il appelait "mon apostolat"**.

Mangeclous était surnommé aussi Capitaine des Vents à cause d'une particularité physiologique dont il était vain***. Un de ses autres surnoms était Parole d'Honneur expression dont il émaillait ses discours peu véridiques. Tuberculeux depuis un quart de siècle mais fort gaillard, il était doté d'une toux si vibrante qu'elle avait fait tomber un soir le lampadaire de la synagogue. Son appétit était célèbre dans tout l'Orient non moins que son éloquence et son amour immodéré de l’argent. Presque toujours il se promenait en traînant une voiturette qui contenait des boissons glacées et des victuailles à lui seul destinées. On l'appelait Mangeclous parce que, prétendait-il avec le sourire sardonique**** qui lui était coutumier, il avait en son enfance dévoré une douzaine de vis pour calmer son inexorable faim. Une profonde rigole médiane traversait son crâne hâlé et chauve auquel elle donnait l'aspect d'une selle. Il disposait en cette dépression divers objets tels que cigarettes ou crayons.»

 

*Malade atteint de tuberculose     ** Action désintéressée     ***Orgueilleux    ****Moqueur, teinté de méchanceté

 

Albert Cohen, Mangeclous, 1938.

 

 

 

Texte 8

 

 «Il* avait des gestes aussi lents et déphasés que sa démarche, ceux d'un homme que rien ne peut apparemment bousculer, non pas parce qu'il est vigoureux, mais parce qu'il est ailleurs. Il avait son rythme. II semblait ne pas tenir compte de l'univers qui l'entourait. Ses yeux n'avaient pas une fois rencontré ceux des auditeurs, on eût dit qu'il faisait tout pour retarder le moment où il faudrait lever la tête et découvrir trois cents visages, ouvrir la bouche et prononcer des mots. II était vêtu d'une belle veste fatiguée en tweed à chevrons gris et blancs, d'un pantalon de laine lourde et grise, de brodequins sombres, et il portait une cravate en tricot sur une chemise claire à col boutonné. La cravate était d'un rouge criard et contrastait avec le reste de sa tenue.

Tout en lui respirait la distance, ou bien était-ce un reste de sommeil, ou encore était-il accablé par une sorte d'ennui, de gêne, d'interrogation sur le bien-fondé de sa présence en ces murs, devant ces inconnus. Il ressemblait aux rares photos dont on illustrait en général le dos de la couverture de ses romans, mais autant ces portraits avaient pu renvoyer l'impression d'un personnage opaque, épais, presque massif, autant ce matin-là, William Faulkner me parut chétif, fragile, à côté de la réalité. (...)

(...) Sa moustache blond jaunâtre était celle d'un vieux berger. Sous des yeux dont la prunelle noire semblait sans cesse agacée et voilée par je ne sais quelle fine couche de mica humide, il avait des poches de chair rosacées et gonflées. Les rides se promenaient sur son front, ses joues et son menton, comme des rigoles de pluie sur une terre d'argile trop longtemps asséchée. Il avait un nez fort et légèrement busqué**, et il se dégageait de cette belle gueule ravagée par les nuits blanches et par l'alcool de grain une séduction qui n'était pas seulement due à ce que nous savions de lui et de son œuvre, mais à son physique même, à ce que ce physique exprimait.»

 

*L’écrivain américain William Faulkner       **Courbé vers l'extérieur

 Philippe Labro, L'étudiant étranger, 1986

htp://palf.free.fr/portrait/textes.htm